Les dispositifs décrits ici évoluent et chaque organisme applique ses propres critères. Ce guide donne des repères généraux ; il ne remplace pas un conseil personnalisé.
Financer la création de son entreprise : partir du besoin
Avant de chercher des financeurs, chiffrez ce que vous devez payer pour démarrer. On distingue deux grands postes. Les investissements sont ce que vous achetez pour durer : matériel, travaux, véhicule, site internet. Le besoin en fonds de roulement est l’argent qu’il faut avancer avant d’être payé : stock, loyers d’avance, salaires des premiers mois, délais de paiement de vos clients.
Ajoutez une réserve de trésorerie, c’est-à-dire de l’argent disponible pour tenir si les ventes arrivent plus tard que prévu. Le total forme votre besoin de financement. En face, vous placerez les ressources : votre apport, les prêts, les aides. Ce tableau à deux colonnes s’appelle un plan de financement. Les deux colonnes doivent avoir le même total.
Ce chiffrage repose sur des hypothèses de ventes et de dépenses. Le guide sur le prévisionnel financier explique comment les poser et les justifier.
L’apport personnel et l’argent des proches
L’apport personnel
L’apport personnel est l’argent que vous mettez vous-même dans le projet : économies, indemnités, matériel que vous possédez déjà. Il compte doublement. Il réduit la somme à emprunter, et il montre aux prêteurs que vous prenez une part du risque. Le niveau attendu n’est fixé par aucune règle commune ; il dépend de la banque, du secteur et du projet.
La « love money »
On appelle love money l’argent apporté par la famille et les amis. Il peut prendre trois formes : un don, un prêt ou une entrée au capital de votre société. Chacune a ses règles.
- Le prêt familial : rédigez un écrit qui précise le montant, la durée et les modalités de remboursement. Lorsque le total emprunté dans l’année dépasse 5 000 €, le prêt doit être déclaré à l’administration fiscale, avec le formulaire n° 2062.
- Le don : il n’a pas à être remboursé, mais il obéit aux règles fiscales des donations. Renseignez-vous avant de le recevoir.
- L’entrée au capital : le proche devient associé. Il partage les décisions prévues par les statuts et le risque de perdre sa mise si l’entreprise échoue.
Quelle que soit la forme, parlez du risque avec franchise. Un proche doit savoir qu’il peut ne pas revoir son argent.
Le prêt d’honneur : renforcer l’apport
Le prêt d’honneur est un prêt personnel, accordé au créateur et non à l’entreprise, sans intérêts et sans garantie demandée. Le créateur l’apporte ensuite à son entreprise, ce qui augmente ses fonds propres. Il est attribué par des réseaux d’accompagnement, notamment Initiative France et Réseau Entreprendre, après passage devant un comité composé de chefs d’entreprise, de banquiers et d’experts.
Selon Bpifrance Création, les montants vont de 3 000 € à 50 000 € chez Initiative France (10 000 € en moyenne) et de 15 000 € à 50 000 € chez Réseau Entreprendre pour une création. Ces réseaux indiquent que chaque euro de prêt d’honneur s’accompagne en moyenne de plusieurs euros de prêt bancaire : 9,5 € selon Initiative France, 13 € selon Réseau Entreprendre. Le prêt d’honneur reste un prêt : vous le remboursez sur vos revenus personnels.
Le guide consacré au prêt d’honneur détaille la préparation du dossier et le passage en comité.
Le prêt bancaire et la garantie Bpifrance
Le prêt bancaire professionnel finance le plus souvent la plus grosse part des investissements. La banque prête à l’entreprise, qui rembourse chaque mois une mensualité composée du capital et des intérêts. Le conseiller regarde surtout une chose : l’activité laissera-t-elle de quoi payer cette mensualité, une fois les dépenses réglées et votre rémunération versée ?
Pour partager son risque, la banque peut demander une garantie Bpifrance. C’est la banque qui la sollicite, pas vous. D’après Bpifrance Création, la garantie création couvre jusqu’à 60 % du montant du prêt pour les PME de moins de trois ans, en création, en reprise ou en franchise. Une commission est due, payée par la banque ou par l’emprunteur. La garantie ne vous dispense pas de rembourser : si l’entreprise fait défaut, c’est la banque qui est en partie indemnisée, pas vous. Elle limite en général les cautions personnelles demandées.
Pour savoir comment se déroule l’entretien et quels documents apporter, lisez ce que regarde un banquier dans un projet.
Les aides publiques à la création d’entreprise
Les aides à la création d’entreprise allègent vos charges ou vous versent un capital au démarrage. Deux dispositifs nationaux sont souvent confondus : l’ACRE et l’ARCE.
L’ACRE, une exonération partielle de cotisations
L’ACRE (aide aux créateurs et repreneurs d’entreprise) exonère partiellement de cotisations sociales pendant la première année d’activité. Le dispositif a été resserré au 1er janvier 2026. Il n’est plus automatique : il faut en faire la demande auprès de l’Urssaf dans les 60 jours qui suivent le début de l’activité, avec le formulaire correspondant à votre statut.
Les publics visés sont listés par la fiche officielle : notamment les demandeurs d’emploi indemnisés, certains demandeurs d’emploi non indemnisés, les bénéficiaires du RSA ou de l’ASS, les jeunes de 18 à 25 ans, et les créations dans certains quartiers ou zones rurales. Il ne faut pas en avoir bénéficié au cours des trois années précédentes. Le niveau d’exonération a lui aussi été réduit en 2026 ; vérifiez les conditions à jour sur le site de l’Urssaf ou d’Entreprendre.Service-Public avant de bâtir votre prévisionnel dessus.
L’ARCE, un capital pour les demandeurs d’emploi
L’ARCE (aide à la reprise ou à la création d’entreprise) s’adresse aux personnes qui perçoivent l’allocation chômage (ARE) et créent ou reprennent une entreprise. Elle transforme une partie des droits restants en capital : 60 % des droits restant dus au début de l’activité, moins une déduction de 3 % pour les retraites complémentaires. Elle est versée en deux fois, la moitié au démarrage et le reste six mois plus tard, sous conditions. Pour en bénéficier, il faut avoir obtenu l’ACRE.
L’alternative consiste à conserver vos allocations mensuelles en complément de vos premiers revenus, selon les règles de cumul de France Travail. Le choix dépend de votre besoin : un capital immédiat pour compléter l’apport, ou un revenu régulier pour tenir pendant le démarrage.
Les aides et subventions régionales
Les régions, les départements et certaines intercommunalités proposent leurs propres aides : subventions, avances remboursables, prêts à taux zéro, parfois réservés à un secteur ou à un territoire. Elles changent souvent et diffèrent d’une région à l’autre. Renseignez-vous auprès de votre chambre de commerce ou des métiers, ou d’un réseau d’accompagnement. Une subvention est en général versée sur justificatifs, parfois après la dépense : prévoyez de quoi avancer les sommes.
Le financement participatif : dons, prêts ou capital
Le financement participatif, ou crowdfunding, consiste à collecter de l’argent auprès d’un grand nombre de personnes, le plus souvent par une plateforme en ligne. Il existe trois formes, encadrées différemment.
- Le don, avec ou sans contrepartie : les contributeurs reçoivent un remerciement, un produit ou une précommande. Les plateformes de dons et de prêts gratuits relèvent du statut d’intermédiaire en financement participatif, vérifiable sur le registre de l’Orias.
- Le prêt rémunéré : des particuliers prêtent à l’entreprise, qui les rembourse avec intérêts.
- La souscription de titres : des particuliers achètent des actions ou des obligations de l’entreprise.
Pour les prêts rémunérés et les titres, un règlement européen s’applique depuis le 10 novembre 2021. Les plateformes doivent être agréées comme prestataires de services de financement participatif (PSFP, ou ECSP dans le texte européen) ; en France, l’agrément est délivré par l’AMF. Une plateforme PSFP peut proposer une offre jusqu’à 5 millions d’euros. Avant de choisir, vérifiez le statut de la plateforme sur la liste de l’AMF ou sur le registre de l’ESMA.
Une collecte demande du temps : présentation, animation de la communauté, réponses aux questions. Pour les contributeurs, l’AMF rappelle qu’un prêt ou une souscription de titres peut entraîner la perte de tout ou partie des sommes engagées, et que les titres peuvent être difficiles à revendre.
Les business angels et la levée de fonds
Une levée de fonds consiste à faire entrer des investisseurs au capital de votre société. Ils apportent de l’argent en échange d’actions, donc d’une part de la propriété et souvent d’un droit de regard sur les grandes décisions. Les business angels sont des particuliers, souvent d’anciens dirigeants, qui investissent leur propre argent dans des entreprises jeunes et y ajoutent parfois leurs conseils et leur réseau.
Ce financement ne se rembourse pas, mais il a un prix : vous partagez la valeur future de l’entreprise. Il convient surtout aux projets qui visent une croissance rapide et ont besoin de sommes que les prêts ne couvrent pas. Pour les investisseurs, le risque de perte en capital est réel, et une part dans une jeune société peut rester longtemps impossible à revendre.
Certains porteurs de projet préfèrent ouvrir leur capital à leur propre communauté : clients, proches, réseau. L’entreprise reste alors l’émettrice de son offre et doit respecter les règles qui encadrent l’appel aux investisseurs. Le parcours de levée de Prelud ouvre en décembre 2026 pour ce type de démarche.
Comparer les solutions de financement
Le tableau ci-dessous résume les solutions présentées. Les montants ne sont indiqués que lorsqu’un organisme officiel les publie ; ailleurs, ils dépendent du projet.
Dans quel ordre combiner les financements ?
Les solutions ne s’opposent pas : un plan de financement en réunit souvent trois ou quatre. L’ordre compte, parce que chaque étape facilite la suivante.
- Chiffrer le besoin : investissements, besoin en fonds de roulement, réserve de trésorerie.
- Réunir les fonds propres : apport personnel, love money, et prêt d’honneur, qui vient renforcer l’apport.
- Solliciter la banque avec ces fonds propres en main, en sachant qu’elle peut demander une garantie Bpifrance.
- Déposer les demandes d’aides dans les délais : l’ACRE dans les 60 jours suivant le début d’activité, l’ARCE si vous percevez l’ARE, les aides régionales selon leur calendrier.
- Envisager le financement participatif ou l’ouverture du capital si le besoin dépasse ce que les prêts couvrent, ou si vous voulez associer votre communauté.
Sources
- Aide aux créateurs et repreneurs d’entreprise (ACRE) – Entreprendre.Service-Public
- Aide à la reprise ou à la création d’entreprise (ARCE) – Service-Public
- Prêt d’honneur – Bpifrance Création
- Garanties bancaires : de quoi s’agit-il ? – Bpifrance Création
- Crowdfunding, financement participatif : une nouvelle façon d’investir – AMF
Information générale. Ce guide ne remplace pas l’avis d’un expert-comptable, d’un avocat ou d’un conseiller bancaire.







